Akeji, le souffle de la montagne

Synospis

Akeji et Asako vivent à l’écart du monde. Descendant de samouraïs, Akeji a été initié à la Voie de la calligraphie. Saison après saison, il s’adonne à la peinture. Le cycle de la nature semble immuable.

Contexte

Akeji Sumiyoshi est un artiste peintre calligraphe reconnu au niveau international, la forêt est son atelier. Il vit avec sa femme Asako. Ils sont shintoïstes, ils croient aux esprits de la nature. Leur vie est rythmé par les saisons, qui sont au nombre de 24 au Japon. Ce couple attachant vit dans un refuge forestier devenu leur ermitage pendant près de cinquante ans. Leur quotidien est fait de prières pour évoquer les esprits de la forêt, de cérémonies du thé ainsi que de cueillettes.

2020 • Documentaire • 72′ • Mille et une • films
Écrit et réalisé par Mélanie Schaan et Corentin Leconte.

Étude du film

Personnages du film

Ce film se positionne dans un Japon intemporel, presque médiéval. Nous avons là deux personnages forts Akeji et Asako, un couple ensemble depuis plus de 50 ans. Un couple adorable dont l’amour se ressent tout au long du film tout comme le respect mutuel et le lien fort qui les unit.

Un troisième personnage fort se révèle tout au long du film : la nature. Habituellement reléguée en tant que décor, parfois utilisée pour amener des respirations, ici la nature est un personnage essentiel. Akeji et Asako vivent au même niveau que les autres êtres vivants et les esprits de la nature. Les toiles d’Akeji sont gorgés de la nature : lumière de la lune, du souffle du vent, et l’eau de la rivière.

tournage

Akeji avait toujours refusé d’être filmé. Venu à paris pour les expositions de ses œuvres, Mélanie Schaan et Corentin Leconte ont  rencontré Maitre Akeji et sa femme lors d’un diner. Le couple japonais a accepté la proposition et n’ayant ni téléphone, ni internet, ils ont déterminé une date de début de tournage précise, trois mois plus tard. 

Le tournage a duré 1 mois pour chaque saison et le couple se rendait à l’ermitage tous les 2 jours. Après l’accident d’Asako, c’est Akeji qui a demandé au couple de continuer à filmer. 

Pour faire ses calligraphies, Akeji confectionne lui-même son papier et ses couleurs, d’essences végétales. Des secrets de fabrications dont il offre quelques morceaux devant la camera de Mélanie Schaan et Corentin Leconte. Les réalisateurs ont suivi le couple plusieurs à chaque saison. Ils ont toujours attendu de voir ce qu’Akeji acceptait de leur offrir. Aucune mise en scène artificielle. Cette pudeur se ressent dans les séquences de ce film. Ajoutant à cela un fort sentiment d’être dans l’intimité de ce couple sans être envahissant.

“Le temps semble exister, mais il n’existe pas.”

_ Akeji Sumiyoshi _

montage

Le montage est linéaire, dans le sens où il suit les saisons. Le parallèle entre les saisons et la fin de vie d’Akeji et Asako se comprend rapidement, on devine où les réalisateurs veulent nous emmener.
De nombreuses séquences mettent en parallèle les motifs de la nature et les tableaux d’Akeji. Ces instants de pures observations sont tout aussi étonnants que beaux.

Musique

La composition sonore est très présente, les bruits de la nature sont puissants mais aussi des mélodies plus organiques, qui, de mon point de vue personnel, peuvent parfois être légèrement trop envahissantes.

écriture

L’écriture de ce film est marqué, et la temporalité a impacté cette écriture. Pour remettre dans le contexte, voici quelques temps forts qui ont construit ce film : découverte du travail d’Akeji en 2014 par les réalisateurs, le tournage a eu lieu en 2015, Akeji et Asako sont décédés en 2018 et le montage a été fait en 2020.

Une partie de l’histoire racontée dénote de la réalité pour laisser le spectateur sur sa faim, avec de nombreuses questions. On pourrait presque leur reprocher ce détour, mais l’histoire est si belle que finalement on l’accepte.

©Akeji Sumiyoshi Pigments naturels sur papier © Collection Machiko et François Raveau 

Pourquoi faut-il voir ce film ?

Nous sommes sur un film profondément contemplatif d’une époque qui est surement révolu. Un film fort, comme je les aime, de ceux qui nous laisse une empreinte. Ce genre de film qui nous interroge encore dans les jours suivant son visionnage.

Je vous invite à découvrir ce documentaire non pas pour connaitre la vie de cet artiste peintre, mais plutôt pour comprendre le lien fort de deux être humains entre eux mais aussi leur lien avec la nature et en quoi ils prennent part dans la création artistique. La beauté des paysages, entrecoupé de la poésie et les réflexions philosophiques d’Akeji le sage.

J’ai beaucoup aimé la construction de ce film, qui porte en lui la similitude avec la construction des oeuvres d’Akeji. Une sorte de double temporalité, où le fond met très longtemps à se mettre en place, et l’instantané d’un événement tout comme celui de la calligraphie s’impose. Un film organique à l’instar des œuvres d’Akeji à voir sans attendre.

Anecdotes

les esprits de la nature

Mélanie Schaan raconte dans une interview pour Télérama qu’à chaque fois qu’Akeji priait le vent se levait. Ils n’ont jamais trouvé rationnel, se laissant porter par cette connexion entre Akeji et la nature.

Hayao Miyazaki et Akesi Sumiyoshi

La première exposition d’Akeji en 1970 s’appelait « Mononoké ». C’est un terme médiéval redécouvert par Akeji qui signifie « l’esprit des choses ». Miyazaki s’en est inspiré pour son film Princesse Mononoké. 

Quand est-ce qu’Akeji peint ?

Akeji peint en secret. Sa propre femme ne l’a d’ailleurs jamais vu peindre. Les réalisateurs ont dû attendre les derniers jours de tournage pour qu’Akeji leur offre cet instant qu’ils ont retranscrit dans le film.

Récompenses du Film

Prix du Meilleur essai FIFA – Compétition internationale
Prix de la meilleure contribution artistique et technique – Trento Film Festival
Prix du public Les yeux doc 2024

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