Dernières nouvelles du cosmos

🎬 Un film de Julie Bertuccelli
2016 – France – 84’ – HC – Les Films Du Poisson, Uccelli Production, Arte France Cinéma

En décembre 2024, j’ai découvert le documentaire Dernières nouvelles du cosmos de Julie Bertuccelli lors du festival Traces de Vies à Clermont-Ferrand. Ce festival, dédié au cinéma documentaire, a accueilli la réalisatrice pour une leçon de cinéma, offrant une immersion dans son parcours singulier et ses choix artistiques. La projection de ce film m’a profondément marqué, révélant la puissance du regard documentaire pour explorer des univers intimes et bouleversants.

Synopsis

À bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l’auteure de textes puissants et physiques, à l’humour corrosif, se décrivant comme faisant partie d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part ». Visionnaire, sa poésie télépathe pense loin et profond, elle nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre et dialogue avec un mathématicien… Pourtant, Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. Ce n’est qu’à ses 20 ans que sa mère découvre qu’elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec…

Une rencontre bouleversante

Hélène Nicolas, alias Babouillec, est une poétesse autiste non verbale. À travers un système de lettres plastifiées qu’elle assemble, elle donne naissance à des textes d’une rare intensité, mêlant humour, lucidité et une réflexion profonde sur le monde.

Julie Bertuccelli nous invite à entrer dans son univers, à la fois singulier et fascinant.

Une relation forte avec la réalisatrice

Au fil du documentaire, une véritable complicité s’installe entre Babouillec et Julie Bertuccelli. La caméra capte avec délicatesse ces moments d’échange, où la confiance permet à Hélène de livrer sa vision du monde.

On en ressort touché, impressionné, et surtout, humble face à la richesse de sa pensée.

Anecdotes de tournage

Genèse du projet

La réalisatrice Julie Bertuccelli a découvert Babouillec, grâce au metteur en scène Pierre Meunier. Celui-ci préparait une pièce sur la fabrication de la parole et avait entendu parler d’une personne autiste non verbale qui écrivait des textes remarquables. Après avoir lu ses écrits, il a été ébloui.
Intriguée, Bertuccelli a assisté à une représentation de cette pièce, où elle a rencontré Hélène et sa mère, Véronique. Intriguée par la jeune femme et son univers, la réalisatrice a immédiatement ressenti le désir de la filmer.

Tournage en solitaire

Pour capter l’intimité et la spontanéité d’Hélène, Julie Bertuccelli a choisi de filmer seule, sans l’aide d’un cadreur ou d’un ingénieur du son. Elle a suivi Hélène pendant deux ans, créant ainsi une atmosphère propice à la confiance et à l’authenticité. Les premiers et derniers plans du film correspondent d’ailleurs aux premières et dernières séquences tournées.

Rencontre avec un mathématicien existentiel

Une séquence marquante du documentaire montre la rencontre entre Hélène et Laurent Derobert, un mathématicien du CNRS ayant développé les « mathématiques existentielles ». Fasciné par les textes de Babouillec, Derobert a souhaité la rencontrer. Cette interaction, captée dans le film, révèle une profonde connexion intellectuelle entre eux, chacun explorant des concepts complexes sur l’existence et le cosmos.

Titre du film

Le titre Dernières nouvelles du cosmos reflète la perception qu’a Hélène de son propre esprit. Elle décrit son expérience comme un « va-et-vient avec le cosmos », soulignant sa relation spirituelle avec l’univers et sa manière unique de percevoir le monde qui l’entoure.

Un regard qui nous dépasse

Ce film nous pousse à interroger notre perception de la normalité et du langage. On se sent parfois démuni, comme si certaines vérités nous échappaient. Babouillec, elle, observe et écrit avec une liberté qui force l’admiration.

J’ai voulu prolonger cette immersion en lisant Algorithme éponyme, un de ses livres. Ce livre interpelle tout autant que ce film, on ne comprend pas toujours tout et pourtant la puissance de ses textes est bouleversante :

« Avoir des envies d’exister dans son identité, c’est un combat et j’accepte,
J’accepte de me battre contre ce moi déconnant aux yeux du monde,
J’accepte de me battre pour ce moi déconnant aux yeux du monde,
Mais, je refuse de me battre pour les yeux du monde. »

Un film à voir absolument

Dernières nouvelles du cosmos est une œuvre forte, intime et bouleversante. Un documentaire qui bouscule et qui nous rappelle que les silences cachent parfois les pensées les plus puissantes.

🎥 Bande-annonce :

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